dimanche 15 juin 2014

Les failles du capitalisme

Depuis l'explosion de la bulle spéculative immobilière américaine, à l'été 2007 – à l'origine de la plus grande crise économique mondiale en un siècle – les ouvrages se multiplient pour dénoncer le caractère prédateur du capitalisme financier. Dernier en date : Le nouveau capitalisme criminel de Jean-François Gayraud (Odile Jacob, février 2014). Cela n'empêche pas Klaus Schawb, fondateur du Forum économique mondial (Davos), de clamer haut et fort qu'il n'y a pas d'alternative au capitalisme. Schwab exprime ainsi le dégoût que semble lui inspirer la micro-économie, celle de tous les jours, celle qui repose sur les échanges. Sans elle pourtant, le monde de la finance ne pourrait pas siphonner la richesse dégagée par le travail, à travers des "produits" spéculatifs. Le système capitaliste est-il sans failles comme Schawb semble le penser ou ne permet-il pas, au contraire, quelques petits arrangements entre ami(e)s ?
Le 1er août 2003, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin faisait adopter la loi Aillagon, du nom de son ministre de la culture : Jean-Jacques. La loi Aillagon permet aux entreprises et aux particuliers de déduire directement de leur impôt une partie importante du soutien qu'ils apportent à un projet culturel. Ce mécanisme permet à l'État de réduire son effort… et à ceux qui en ont les moyens, d'acquérir des œuvres d'art en en faisant supporter une partie du coût par l'État. Du Win-Win pour reprendre l'expression consacrée ! Il fallait juste y penser. Jean-Pierre Raffarin y a pensé, qu'il en soit ici remercié. La loi, au moins dans des États se réclamant de la démocratie, s'appliquant à tous… tous les contribuables peuvent donc décider de l'utilisation d'une partie de leur impôt : les entreprises dans la limite de 0,5% de leur chiffre d'affaires, les particuliers dans celle des 20% de leurs revenus imposables. En contrepartie, les entreprises peuvent déduire de leur impôt 60% des sommes investies dans le mécénat ; les particuliers 66% du montant de leurs dons. Qu'est-ce que cela signifie pour les particuliers ?
En 2007, les trente-six millions de foyers fiscaux ont déclarés, ensemble 774 milliards d'euros de revenus (source). Ils auraient pu soutenir des projets culturels pour un montant de 155 milliards d'euros – c'est le budget nécessaire à la production de 25 800 films de fiction, plus d'un siècle de production cinématographique française (source). Avec 155 milliards d'euros, Artgentique vivrait plus de cinq mille ans ! L'association n'en demande pas tant. Au-delà, ces 155 milliards d'euros que le contribuable aura directement affecté à un projet de son choix représentent une baisse des recettes fiscales de l'État (102 milliards d'euros). La loi Aillagon devient de facto
un puissant moyen d'intervention du citoyen dans les affaires publiques ; plus particulièrement dans les affaires économiques et culturelles, deux secteurs intimement liés.


Concrètement : un foyer déclarant un revenu imposable de 30 000 euros, peut consacrer jusqu'à 6 000 euros au financement d'associations reconnues d'intérêt général ; il peut alors déduire directement 3 960 euros de son impôt. Si cette somme était supérieure au montant de l'impôt, il pourrait reporter le reliquat sur les cinq années suivantes. 

Le système nous offre la possibilité d'agir sans lui, profitons-en et reprenons la main. Prouvons à Schawb qu'il se trompe et que les réseaux de proximité, plus que les arcanes obscures de la finance, sont le véritable moteur du développement. Cela vaut mieux que de voter pour le front national, non ?