Marine le Pen sera, vraisemblablement, le 18 décembre 2016, élue présidente de la région Nord-Pas de Calais-Picardie dans une assemblée composée pour moitié de l'extrême-droite et pour l'autre d'une droite dure. La droite-molle aux affaires depuis trois ans a, comme Ponce Pilate avant elle, préféré tourner le dos au bas-peuple en maugréant un "démerdez-vous" que les observateurs accrédités font semblant de ne pas entendre. Pourquoi ne veut-elle pas voir le monstre dont elle accouche ? La gauche, elle, n'existe plus depuis des lustres ; quant aux écologistes, un temps porteurs d'espoir, il suffit d'écouter le vide des propos d'un Jean-Vincent Placé ou d'une Barbara Pompili, pour comprendre que les Noël Mamère se fassent discrets.
En appelant à voter pour ses amis Xavier Bertrand et Christian Estrosi, Manuel Valls et les siens ont au moins le courage de leur opinion et n'agissent pas différemment des barons de province qui – à si peu d'exception près que l'on peut désormais dire sans – ont, par leur inconséquence et leur incompétence, placé le Front national en pole position. Car finalement, le taux d'abstention le montre bien : le Front National ne prend pas le pouvoir par la volonté des électeurs : la moitié d'entre eux ne se déplacent même plus, écœurés qu'ils sont par la gabegie, la corruption générale et le népotisme dont ils sont les témoins quotidien. Marine le Pen et les siens, qui ne feront rien de mieux que leurs prédécesseurs, conquièrent le pouvoir sous la poussée conjuguée de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, d'une part, du système libéral qu'ils défendent contre vents et marées, de l'autre. Le vote – je dis bien le vote – Marie le Pen serait-il la réponse politique a une impasse économique ? Bien sûr. Et bien sûr aussi que les immigrés (quelle que soit la raison de leur
déplacement) ne sont pas la cause du problème, mais la conséquence
d'une stratégie géopolitique et économique dont ne profite qu'une poignée de nantis même si un peu plus ont l'illusion d'en être.
Oui, "un con qui vote à plus de poids que deux intellos qui s'abstiennent". Et quand on a dit ça, bien au chaud calé dans son fauteuil en cuir, quel problème a-t-on réglé ou seulement fait avancé ? Qu'est-ce que cela change pour les 20% au moins de la population active totalement exclus des richesses produites et des 20% qui en tirent à grand peine de quoi survivre ? Est-ce par peur de rejoindre le troupeau des exclus que l'on détourne ainsi le regard de la réalité ? Est-ce la frayeur devant ses propres doutes qui amènent à stigmatiser ceux qui ont encore le courage de les regarder en face, comme l'a encore fait récemment Luc le Vaillant dans les colonnes de Libération ?
La fracture n'est pas uniquement économique et sociale, elle est d'abord intellectuelle et culturelle. Dans une société qui préfère des "employés" (soumis) à des "artisans" (créatifs), et où le travail a retrouvé son caractère étymologique, il ne faut pas s'attendre à autre chose que des certitudes minables qui ne remettent surtout rien en cause, à commencer par soi et le sacro-saint cadre économique.
Le Front national, qui sera la première force politique à l'Assemblée nationale en 2017 – qu'il remporte ou non l'élection présidentielle – n'est effectivement pas un parti comme les autres. Il n'est cependant pas le parti "anti-républicain" que prétendent ceux qui ont tout perdu ; le Front National annonce la fin de ce qui fait la République et que – jusqu'au bout – nous n'avons pas su entretenir.
KA PAYAT
Le blog de Yotchol
mercredi 9 décembre 2015
mardi 16 septembre 2014
Les sans-dents saluent les couilles-molles
Ainsi donc, un président qui
ne recueille plus que 13% d'opinions favorables et son Premier ministre qui a
perdu les deux tiers de son capital de sympathie en moins de six mois
parviennent encore à obtenir la confiance d'une majorité de députés ! On l'aura
compris nos élus sont plus fidèles à leur maître qu'à leurs électeurs : tant
qu'à perdre leur siège, ils ne vont tout de même pas, en plus, abandonner douze
trimestres de cotisations (et les avantages qui vont avec). Le "respect de
la fonction", invoqué il y a quelques jours seulement pour condamner le
coup de pied de l'ânesse, ne concernait apparemment que le monarque, pas ses
barons ; aussi peuvent-ils continuer de désacraliser la leur. Manuel Valls,
lui, programmé mercredi matin sur France Inter peut aller danser dès ce soir,
20h, sur le plateau de TF1, la chaîne de Martin Bouygues, le pote de Nicolas
Sarkozy.
Au-delà de la pantalonnade, le vote de confiance du 18 septembre va creuser un peu plus le fossé entre le monde politique et les électeurs. Aujourd'hui, Marine Le Pen a gagné quelques points. François Hollande et Manuel Valls auraient cependant tort de se réjouir trop vite. Le président l'a lui-même évoqué : seule une paralysie du pays pourrait le contraindre à la démission. D'accord, les défilés de notaires, d'huissiers ou de pilotes de lignes – qui émargent tous au-dessus des 10 000 euros par mois – ne ressemblent pas aux cortèges d'ouvriers en colère ; ils n'en constituent pas moins une première et, en ce qui concerne Air France, une telle mobilisation n'est pas fréquente. Qu'attendent les syndicats ouvriers pour rattraper par le col l'occasion qu'ils ont laissée filer durant le quinquennat précédent ?
En accordant leur confiance à Manuel Valls alors qu'ils pouvaient encore tenter l'impossible en imposant à François Hollande une autre figure à Matignon (Martine Aubry ?), les députés socialistes reconnaissent implicitement leur absence de vision à long terme et leur dépendance aux technocrates libéraux qui ont pris le pouvoir rue de Solférino. De renoncements en trahisons, le Parti socialiste ressemble déjà à ces machines électorales qui, un jour, s'appellent UDR, le lendemain RPR, pour se rebaptiser UMP et ainsi faire oublier les mauvais souvenirs laissés par leurs prédécesseurs … Demain, nous aurons sûrement un NPS ou un PSD (peut-être même un PSU, qui s'en souvient ?), la justification du parti supplantant les idées qu'il n'a pas.
La crise politique ne se résoudra pas sans neutraliser le "microcosme politique" pour reprendre la métaphore de Raymond Barre. Cela passera par des consultations populaires qui ne se limiteront pas à l'élection des élus, et qui sauront rappeler à ces derniers leurs engagements. Naturellement, les couilles-molles n'auront plus trop leur place dans les partis.
Au-delà de la pantalonnade, le vote de confiance du 18 septembre va creuser un peu plus le fossé entre le monde politique et les électeurs. Aujourd'hui, Marine Le Pen a gagné quelques points. François Hollande et Manuel Valls auraient cependant tort de se réjouir trop vite. Le président l'a lui-même évoqué : seule une paralysie du pays pourrait le contraindre à la démission. D'accord, les défilés de notaires, d'huissiers ou de pilotes de lignes – qui émargent tous au-dessus des 10 000 euros par mois – ne ressemblent pas aux cortèges d'ouvriers en colère ; ils n'en constituent pas moins une première et, en ce qui concerne Air France, une telle mobilisation n'est pas fréquente. Qu'attendent les syndicats ouvriers pour rattraper par le col l'occasion qu'ils ont laissée filer durant le quinquennat précédent ?
En accordant leur confiance à Manuel Valls alors qu'ils pouvaient encore tenter l'impossible en imposant à François Hollande une autre figure à Matignon (Martine Aubry ?), les députés socialistes reconnaissent implicitement leur absence de vision à long terme et leur dépendance aux technocrates libéraux qui ont pris le pouvoir rue de Solférino. De renoncements en trahisons, le Parti socialiste ressemble déjà à ces machines électorales qui, un jour, s'appellent UDR, le lendemain RPR, pour se rebaptiser UMP et ainsi faire oublier les mauvais souvenirs laissés par leurs prédécesseurs … Demain, nous aurons sûrement un NPS ou un PSD (peut-être même un PSU, qui s'en souvient ?), la justification du parti supplantant les idées qu'il n'a pas.
La crise politique ne se résoudra pas sans neutraliser le "microcosme politique" pour reprendre la métaphore de Raymond Barre. Cela passera par des consultations populaires qui ne se limiteront pas à l'élection des élus, et qui sauront rappeler à ces derniers leurs engagements. Naturellement, les couilles-molles n'auront plus trop leur place dans les partis.
dimanche 15 juin 2014
Les failles du capitalisme
Depuis l'explosion de la
bulle spéculative immobilière américaine, à l'été 2007 – à l'origine de la plus
grande crise économique mondiale en un siècle – les ouvrages se multiplient
pour dénoncer le caractère prédateur du capitalisme financier. Dernier en date
: Le nouveau capitalisme criminel
de Jean-François Gayraud (Odile Jacob, février 2014). Cela n'empêche pas Klaus
Schawb, fondateur du Forum économique mondial (Davos), de clamer haut et fort
qu'il n'y a pas d'alternative au capitalisme. Schwab exprime ainsi le dégoût
que semble lui inspirer la micro-économie, celle de tous les jours, celle qui
repose sur les échanges. Sans elle pourtant, le monde de la finance ne pourrait
pas siphonner la richesse dégagée par le travail, à travers des
"produits" spéculatifs. Le système capitaliste est-il sans failles
comme Schawb semble le penser ou ne permet-il pas, au contraire, quelques petits arrangements entre ami(e)s
?
Le 1er août 2003, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin faisait adopter la loi Aillagon, du nom de son ministre de la culture : Jean-Jacques. La loi Aillagon permet aux entreprises et aux particuliers de déduire directement de leur impôt une partie importante du soutien qu'ils apportent à un projet culturel. Ce mécanisme permet à l'État de réduire son effort… et à ceux qui en ont les moyens, d'acquérir des œuvres d'art en en faisant supporter une partie du coût par l'État. Du Win-Win pour reprendre l'expression consacrée ! Il fallait juste y penser. Jean-Pierre Raffarin y a pensé, qu'il en soit ici remercié. La loi, au moins dans des États se réclamant de la démocratie, s'appliquant à tous… tous les contribuables peuvent donc décider de l'utilisation d'une partie de leur impôt : les entreprises dans la limite de 0,5% de leur chiffre d'affaires, les particuliers dans celle des 20% de leurs revenus imposables. En contrepartie, les entreprises peuvent déduire de leur impôt 60% des sommes investies dans le mécénat ; les particuliers 66% du montant de leurs dons. Qu'est-ce que cela signifie pour les particuliers ?
En 2007, les trente-six millions de foyers fiscaux ont déclarés, ensemble 774 milliards d'euros de revenus (source). Ils auraient pu soutenir des projets culturels pour un montant de 155 milliards d'euros – c'est le budget nécessaire à la production de 25 800 films de fiction, plus d'un siècle de production cinématographique française (source). Avec 155 milliards d'euros, Artgentique vivrait plus de cinq mille ans ! L'association n'en demande pas tant. Au-delà, ces 155 milliards d'euros que le contribuable aura directement affecté à un projet de son choix représentent une baisse des recettes fiscales de l'État (102 milliards d'euros). La loi Aillagon devient de facto un puissant moyen d'intervention du citoyen dans les affaires publiques ; plus particulièrement dans les affaires économiques et culturelles, deux secteurs intimement liés.
Le système nous offre la possibilité d'agir sans lui,
profitons-en et reprenons la main. Prouvons à Schawb qu'il se trompe et que les
réseaux de proximité, plus que les arcanes obscures de la finance, sont le
véritable moteur du développement. Cela vaut mieux que de voter pour le front
national, non ?
Le 1er août 2003, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin faisait adopter la loi Aillagon, du nom de son ministre de la culture : Jean-Jacques. La loi Aillagon permet aux entreprises et aux particuliers de déduire directement de leur impôt une partie importante du soutien qu'ils apportent à un projet culturel. Ce mécanisme permet à l'État de réduire son effort… et à ceux qui en ont les moyens, d'acquérir des œuvres d'art en en faisant supporter une partie du coût par l'État. Du Win-Win pour reprendre l'expression consacrée ! Il fallait juste y penser. Jean-Pierre Raffarin y a pensé, qu'il en soit ici remercié. La loi, au moins dans des États se réclamant de la démocratie, s'appliquant à tous… tous les contribuables peuvent donc décider de l'utilisation d'une partie de leur impôt : les entreprises dans la limite de 0,5% de leur chiffre d'affaires, les particuliers dans celle des 20% de leurs revenus imposables. En contrepartie, les entreprises peuvent déduire de leur impôt 60% des sommes investies dans le mécénat ; les particuliers 66% du montant de leurs dons. Qu'est-ce que cela signifie pour les particuliers ?
En 2007, les trente-six millions de foyers fiscaux ont déclarés, ensemble 774 milliards d'euros de revenus (source). Ils auraient pu soutenir des projets culturels pour un montant de 155 milliards d'euros – c'est le budget nécessaire à la production de 25 800 films de fiction, plus d'un siècle de production cinématographique française (source). Avec 155 milliards d'euros, Artgentique vivrait plus de cinq mille ans ! L'association n'en demande pas tant. Au-delà, ces 155 milliards d'euros que le contribuable aura directement affecté à un projet de son choix représentent une baisse des recettes fiscales de l'État (102 milliards d'euros). La loi Aillagon devient de facto un puissant moyen d'intervention du citoyen dans les affaires publiques ; plus particulièrement dans les affaires économiques et culturelles, deux secteurs intimement liés.
Concrètement
: un foyer déclarant un revenu imposable de 30 000 euros, peut consacrer jusqu'à 6 000 euros au financement
d'associations reconnues d'intérêt général ; il peut alors déduire directement
3 960 euros de son impôt. Si cette somme était supérieure au montant de
l'impôt, il pourrait reporter le reliquat sur les cinq années suivantes.
mardi 27 mai 2014
L'Europe des épiciers
Depuis
dimanche soir, les épiciers sont à la fête. Alors comme ça, le Front National
est arrivé en tête des élections européennes de 2014, avec 25 % des suffrages
exprimés… OUI MAIS, vue l'abstention, cela ne fait que 10 % des Français… OUI
MAIS, si l'on regarde le nombre de voix, il en a obtenu un bon quart de moins
qu'en 2012… Franchement, ça change quoi au résultat ? Avec ce genre de
raisonnement, le FN ne réalisera pas un score de 25% à la prochaine
consultation électorale, mais peut-être de 30% et pourquoi pas de 40%… de 50% !
Quelle que soit la façon de compter, le Front National sera, de loin, le
principal représentant de la France : vingt-quatre élus sur les
soixante-quatorze représentants la France. Un tiers.
Le Front National capitalise un
mécontentement qu'aucun des soi-disant "partis de gouvernement" n'est
en mesure d'endiguer. UDR-RPR-UMP, UDF-UDI-Modem, PS, PC, qui se succèdent au
pouvoir depuis près de soixante ans, se révèlent incapables de proposer une
alternative à un système révolu. Que dis-je, décadent ! Les énarques au
pouvoir, formatés pour gérer le libéralisme, nous entraînent à la dérive. Cela
pose une douloureuse question : qu'est-ce qu'un homme politique dépourvu de
vision d'avenir ? Un imposteur. Ces gens-là ne font plus illusion. Ils ne nous
font plus rêver. Jean-Luc Mélenchon a raison de dire : "Ils nous ont volé
nos mots", en accusant les socialistes de se prétendre de gauche alors
qu'ils mènent une politique de droite. Il lui aura fallu vingt ans pour s'en
apercevoir ! alors que, depuis la nomination Laurent Fabius au poste de Premier
ministre (1984), plus personne ne doutait de la véritable nature du Parti
socialiste. François Hollande travaillerait pour la droite qu'il ne s'y
prendrait pas autrement. En deux ans, il aura réussi à dégoûter de la chose
publique un électorat plus dérouté que convaincu par les thèses du Front
National. La gauche ne s'en relèvera pas de sitôt et cela ne laisse plus
d'alternative qu'entre la droite et l'extrême-droite. L'UMP l'a bien compris
qui se déchire pour surfer sur la vague bleue marine ! Pitoyable spectacle.
L'organisation monarchique de la vie politique française a favorisé l'émergence d'une caste d'aristocrates. Elle a vécu. À lui seul, le nombre de listes présentes constitue un désaveu cinglant de ce qu'en son temps Raymond Barre appelait le "microcosme". La sphère politique pullule de petites frappes – de la racaille dirait Nicolas Sarkozy – avides de pouvoir et d'argent pour la protection de leurs intérêts personnels. Chaque fois qu'ils s'engagent à "moraliser la vie politique", ils détournent des urnes des centaines d'électeurs. Il faudrait de leur part un geste fort pour restaurer un brin de confiance et couper l'herbe sous le pied du Front National : rembourser les milliards d'euros volés et détournés à leur profit et ceux de leurs ami(e)s. Qui commencera, alors que tous sont unis au Parlement dès lors qu'il s'agit de s'octroyer des privilèges (la retraite, entre autres) ?
Il serait cependant trop simple de faire porter aux opportunistes politiques, seuls, la responsabilité de cette débâcle. Le système marche aussi grâce à ses collabos, ses Kerviel. Le clientélisme, sans lequel ses frasques l'auraient emportées depuis longtemps, lui assure une base dévouée. L'appareil idéologique mis en place a sapé le principe d'égalité et transformé la "démocratie française" en coquille vide. En privilégiant leurs intérêts individuels au projet commun qui fonde la nation, les oligarques prennent le risque de la faire exploser mais, depuis que le tonnerre gronde, ils ont appris à se boucher les oreilles. Alors, au prochain scrutin, il ne faudra pas s'étonner que le Front National caracole au-dessus des 30% pour le plus grand bonheur des épiciers.
L'organisation monarchique de la vie politique française a favorisé l'émergence d'une caste d'aristocrates. Elle a vécu. À lui seul, le nombre de listes présentes constitue un désaveu cinglant de ce qu'en son temps Raymond Barre appelait le "microcosme". La sphère politique pullule de petites frappes – de la racaille dirait Nicolas Sarkozy – avides de pouvoir et d'argent pour la protection de leurs intérêts personnels. Chaque fois qu'ils s'engagent à "moraliser la vie politique", ils détournent des urnes des centaines d'électeurs. Il faudrait de leur part un geste fort pour restaurer un brin de confiance et couper l'herbe sous le pied du Front National : rembourser les milliards d'euros volés et détournés à leur profit et ceux de leurs ami(e)s. Qui commencera, alors que tous sont unis au Parlement dès lors qu'il s'agit de s'octroyer des privilèges (la retraite, entre autres) ?
Il serait cependant trop simple de faire porter aux opportunistes politiques, seuls, la responsabilité de cette débâcle. Le système marche aussi grâce à ses collabos, ses Kerviel. Le clientélisme, sans lequel ses frasques l'auraient emportées depuis longtemps, lui assure une base dévouée. L'appareil idéologique mis en place a sapé le principe d'égalité et transformé la "démocratie française" en coquille vide. En privilégiant leurs intérêts individuels au projet commun qui fonde la nation, les oligarques prennent le risque de la faire exploser mais, depuis que le tonnerre gronde, ils ont appris à se boucher les oreilles. Alors, au prochain scrutin, il ne faudra pas s'étonner que le Front National caracole au-dessus des 30% pour le plus grand bonheur des épiciers.
mercredi 21 mai 2014
Flouté n'est pas joué
La méthode, jadis exceptionnelle, s'impose désormais comme
LA règle : l'information peut se dispenser d'identifier. Il faudrait systématiquement
flouter les visages, cacher les caméras, masquer les noms… Tantôt pour protéger
la réputation des uns et la présomption d'innocence des autres ; tantôt pour
garantir la sécurité d'un policier ou l'anonymat d'un informateur… À ce rythme,
il ne sera bientôt plus question de montrer des images d'actualité. Des
reconstitutions suffiront. De toutes les façons, à partir du moment où un sujet
apparaît de dos, flouté, la voix déformée, il est facile de lui associer
n'importe quel voix, n'importe quel discours ; personne ne s'apercevra du
montage. Tout le monde conserve encore en mémoire la fausse interview de Fidel
Castro, par Patrick Poivre-d'Arvor. Pour le reste : "Un être humain a été
retrouvé mort ces derniers jours dans une région rurale (ou un quartier
urbain)." Putain d'info ! À quoi bon "signer" son
"papier" ou son "sujet" ? Il n'y a pas si longtemps, un
journaliste protégeait juste ses informateurs d'une formule convenue :
"D'une source bien informée…" ou "Selon une source proche du
dossier…", puis assumait son travail – "Vous pouvez me faire
confiance…" – et balançait ses infos.
Lorsqu'elle ne répond pas aux cinq questions essentielles qui la fondent – qui ? quoi ? où ? quand ? comment ? l'information vire immanquablement à la fiction et c'est bien ce qui se passe. Elle se réduit à un spectacle minutieusement mis en scène et sur le scénario duquel chacun émet un avis. Ainsi en était-il, ce 14 mai 2011, lorsque la France entière – journalistes en tête – criait au scandale devant les images de Dominique Strauss-Kahn embarqué menottes aux poignets vers la prison de Rickers Island, alors qu'elle restait scotchée devant ses écrans de télévision pour se repaître du spectacle ! Mais je me trompe peut-être, il ne s'agissait sûrement que de Gérard Depardieu diablement bien maquillé sur le tournage de Welcome to New-York, actuellement sur les écrans.
Rester "politiquement correct", taire les noms, masquer les visages, cacher ces seins que Mark Zuckerberg ne saurait tolérer sur le mur de son réseau social… plutôt que remettre en cause le traitement de l'information, privilégier de nouveau le fond sur la forme.
Lorsqu'elle ne répond pas aux cinq questions essentielles qui la fondent – qui ? quoi ? où ? quand ? comment ? l'information vire immanquablement à la fiction et c'est bien ce qui se passe. Elle se réduit à un spectacle minutieusement mis en scène et sur le scénario duquel chacun émet un avis. Ainsi en était-il, ce 14 mai 2011, lorsque la France entière – journalistes en tête – criait au scandale devant les images de Dominique Strauss-Kahn embarqué menottes aux poignets vers la prison de Rickers Island, alors qu'elle restait scotchée devant ses écrans de télévision pour se repaître du spectacle ! Mais je me trompe peut-être, il ne s'agissait sûrement que de Gérard Depardieu diablement bien maquillé sur le tournage de Welcome to New-York, actuellement sur les écrans.
Rester "politiquement correct", taire les noms, masquer les visages, cacher ces seins que Mark Zuckerberg ne saurait tolérer sur le mur de son réseau social… plutôt que remettre en cause le traitement de l'information, privilégier de nouveau le fond sur la forme.
L'interprétation restrictive du "droit à l'image"
a largement contribué à la disparition de l'information et préparé la société à
l'accepter. "Enfin j'ai un droit et je peux le faire valoir ! Personne ne
pourra plus montrer mon image sans mon consentement !"
Le petit Con. sur l'image (afin de préserver son anonymat, je ne donne que les premières lettres de son pseudo) posait fièrement dans sa chambre à coucher, en 1987, devant l'objectif d'Yvon le Mohican ; pour la sécurité du photographe, qui pourrait encore être accusé d'attouchement sexuel sur mineur, j'ai modifié son nom. Six ans plus tard, la justice (à quoi bon préciser, dans leur robe les juges se ressemblent) lui accordait quelques milliers d'euros de dommages et intérêts, considérant que cette image à la réalisation de laquelle il avait prêté son concours portait atteinte à son image ! Non, cette décision n'avait pas pour objectif de dissuader les photographes de mener un travail d'auteur. Les juges ne font pas de politique !
L'idée selon laquelle le sujet représenté et non l'auteur du cliché serait le véritable propriétaire de l'image fait ainsi son petit bonhomme de chemin. En 2006, un tireur m'a soutenu que les tirages qu'il réalisait de mes photos – alors que je le rémunérais pour cela – étaient sa propriété ! Soucieux de sa bonne réputation, je ne livrerai pas son nom, mais je conserve précieusement les messages dans lesquels il défend ainsi sa thèse ; au cas où.
Cette dérive ne manque pas de logique dans une société qui survit grâce à la déshumanisation et à la dépossession. Une société voyeuse qui ne veut pas dire son nom. Dans le fond, pourquoi ne pas regarder : puisque rien n'est identifié, ce que je vois n'est peut-être pas vrai. Et puisque ça ne se saura pas… pourquoi ne le ferais-je pas, moi aussi ? Avec la disparition de l'information, il serait logique que la législation relative à la diffamation évolue. Puisque l'on ne peut parler que de ce qui n'existe pas, toute personne qui osera parler de la réalité se rendra coupable de diffamation. Alors la jungle à la restauration de laquelle travaille le libéralisme pour exploiter en paix aura totalement repris ses droits : personne ne pourra plus parler de rien ni montrer quoi que ce soit, qui n'ait obtenu l'aval des puissants.
Le petit Con. sur l'image (afin de préserver son anonymat, je ne donne que les premières lettres de son pseudo) posait fièrement dans sa chambre à coucher, en 1987, devant l'objectif d'Yvon le Mohican ; pour la sécurité du photographe, qui pourrait encore être accusé d'attouchement sexuel sur mineur, j'ai modifié son nom. Six ans plus tard, la justice (à quoi bon préciser, dans leur robe les juges se ressemblent) lui accordait quelques milliers d'euros de dommages et intérêts, considérant que cette image à la réalisation de laquelle il avait prêté son concours portait atteinte à son image ! Non, cette décision n'avait pas pour objectif de dissuader les photographes de mener un travail d'auteur. Les juges ne font pas de politique !
L'idée selon laquelle le sujet représenté et non l'auteur du cliché serait le véritable propriétaire de l'image fait ainsi son petit bonhomme de chemin. En 2006, un tireur m'a soutenu que les tirages qu'il réalisait de mes photos – alors que je le rémunérais pour cela – étaient sa propriété ! Soucieux de sa bonne réputation, je ne livrerai pas son nom, mais je conserve précieusement les messages dans lesquels il défend ainsi sa thèse ; au cas où.
Cette dérive ne manque pas de logique dans une société qui survit grâce à la déshumanisation et à la dépossession. Une société voyeuse qui ne veut pas dire son nom. Dans le fond, pourquoi ne pas regarder : puisque rien n'est identifié, ce que je vois n'est peut-être pas vrai. Et puisque ça ne se saura pas… pourquoi ne le ferais-je pas, moi aussi ? Avec la disparition de l'information, il serait logique que la législation relative à la diffamation évolue. Puisque l'on ne peut parler que de ce qui n'existe pas, toute personne qui osera parler de la réalité se rendra coupable de diffamation. Alors la jungle à la restauration de laquelle travaille le libéralisme pour exploiter en paix aura totalement repris ses droits : personne ne pourra plus parler de rien ni montrer quoi que ce soit, qui n'ait obtenu l'aval des puissants.
lundi 19 mai 2014
Non à l'Europe
C'était jeudi dernier, au journal
de 13 h de France2. Elise Lucet nous vantait les bienfaits du régime européen
sur fond de développement de la Pologne. Regardez ce que l'on peut faire avec
67 milliards d'"aides" ? Et tous les petits Polacks interviewés de
reprendre en cœur le même couplet : "Ah, mais c'est ben vrai ça ma bonne
Madame, sans l'aide de l'Union européenne, jamais nous n'aurions enregistré de
tels progrès !" On en reparlera dans dix ans. Si la diète européenne était
si bonne, pourquoi les médias – car toute la presse a relayé dans ses colonnes
la publicité payée par Bruxelles – n'ont-ils pas posé les mêmes questions à nos
ami(e)s Portugais ou Grecs, ni demandé à nos ami(e)s Islandais les raisons du
retrait de leur candidature à l'Union ? D'abord parce que, le 1er mai 2014, la
Pologne fêtait le dixième anniversaire de son entrée dans l'Union, cela suffit
à transformer un non-événement en actualité. Ensuite parce qu'un scrutin se
profile à l'horizon d'où les eurosceptiques devenus des opposants actifs
devraient sortir vainqueurs.
Une récente enquête conduite par l'Union européenne elle-même (ICI) traduit clairement l'exaspération des Européens face à une institution dépensière, qui dirige sans être élue. 59% des Européens n'ont pas confiance dans l'institution, 32% seulement si ! Les pays d'Europe du sud, dépecées par leurs voisins, sont écœurés : Les Grecs (81%), les Chypriotes (74%), les Portugais (70%), les Italiens (69%), les Espagnols (66%). Les trois nations occidentales ne sont guère plus favorables à l'Europe : 66% des Britanniques, 63% des Français et même 59% des Allemands ne lui accordent pas leur confiance.
Les publi-reportages diffusés en mai ont, évidement, occulté deux informations essentielles : d'un côté, le coût pour les Polonais des "aides" octroyées à leur pays ; de l'autre, le nom de leurs véritables bénéficiaires. Depuis 2000, la dette de la Pologne a été multipliée par cinq (ICI) : de 63 milliards de dollars (37% du Pib), elle dépassera les 300 milliards (60% du Pib) en 2014. L'endettement par habitant est ainsi passé de 1 650 dollars à plus 7 700 dollars dans un pays où le salaire minimum tourne autour des 500 dollars / mois (ICI) et aux inégalités criantes. Comme au Portugal, les contrats pour la réalisation d'infrastructures en Pologne ont été remportés par des grands groupes européens (français ou allemands) capables de corrompre fonctionnaires et politiciens ; les "aides" européennes permettent d'abord de soutenir l'activité de ces entreprises généreuses vis-à-vis de leurs actionnaires et de leurs ami(e)s Bruxellois.
L'Union européenne fait prendre à l'Europe le risque d'un embrasement sanglant. Elle aurait pu offrir la perspective d'un autre monde et agir comme un aimant au sein de l'Europe. Elle avait les moyens de soutenir une transition écolo-culturelle pour remplacer la spirale consumériste qui détruit tout sur son passage. Elle a préféré exacerber les nationalismes dont profitent les partis d'extrême-droite en accélérant la dérive libérale de ses États fondateurs. Pour cette raison, aujourd'hui je dis non à l'Europe.
Une récente enquête conduite par l'Union européenne elle-même (ICI) traduit clairement l'exaspération des Européens face à une institution dépensière, qui dirige sans être élue. 59% des Européens n'ont pas confiance dans l'institution, 32% seulement si ! Les pays d'Europe du sud, dépecées par leurs voisins, sont écœurés : Les Grecs (81%), les Chypriotes (74%), les Portugais (70%), les Italiens (69%), les Espagnols (66%). Les trois nations occidentales ne sont guère plus favorables à l'Europe : 66% des Britanniques, 63% des Français et même 59% des Allemands ne lui accordent pas leur confiance.
Les publi-reportages diffusés en mai ont, évidement, occulté deux informations essentielles : d'un côté, le coût pour les Polonais des "aides" octroyées à leur pays ; de l'autre, le nom de leurs véritables bénéficiaires. Depuis 2000, la dette de la Pologne a été multipliée par cinq (ICI) : de 63 milliards de dollars (37% du Pib), elle dépassera les 300 milliards (60% du Pib) en 2014. L'endettement par habitant est ainsi passé de 1 650 dollars à plus 7 700 dollars dans un pays où le salaire minimum tourne autour des 500 dollars / mois (ICI) et aux inégalités criantes. Comme au Portugal, les contrats pour la réalisation d'infrastructures en Pologne ont été remportés par des grands groupes européens (français ou allemands) capables de corrompre fonctionnaires et politiciens ; les "aides" européennes permettent d'abord de soutenir l'activité de ces entreprises généreuses vis-à-vis de leurs actionnaires et de leurs ami(e)s Bruxellois.
L'Union européenne fait prendre à l'Europe le risque d'un embrasement sanglant. Elle aurait pu offrir la perspective d'un autre monde et agir comme un aimant au sein de l'Europe. Elle avait les moyens de soutenir une transition écolo-culturelle pour remplacer la spirale consumériste qui détruit tout sur son passage. Elle a préféré exacerber les nationalismes dont profitent les partis d'extrême-droite en accélérant la dérive libérale de ses États fondateurs. Pour cette raison, aujourd'hui je dis non à l'Europe.
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