Ainsi donc, un président qui
ne recueille plus que 13% d'opinions favorables et son Premier ministre qui a
perdu les deux tiers de son capital de sympathie en moins de six mois
parviennent encore à obtenir la confiance d'une majorité de députés ! On l'aura
compris nos élus sont plus fidèles à leur maître qu'à leurs électeurs : tant
qu'à perdre leur siège, ils ne vont tout de même pas, en plus, abandonner douze
trimestres de cotisations (et les avantages qui vont avec). Le "respect de
la fonction", invoqué il y a quelques jours seulement pour condamner le
coup de pied de l'ânesse, ne concernait apparemment que le monarque, pas ses
barons ; aussi peuvent-ils continuer de désacraliser la leur. Manuel Valls,
lui, programmé mercredi matin sur France Inter peut aller danser dès ce soir,
20h, sur le plateau de TF1, la chaîne de Martin Bouygues, le pote de Nicolas
Sarkozy.
Au-delà de la pantalonnade, le vote de confiance du 18 septembre va creuser un
peu plus le fossé entre le monde politique et les électeurs. Aujourd'hui,
Marine Le Pen a gagné quelques points. François Hollande et Manuel Valls
auraient cependant tort de se réjouir trop vite. Le président l'a lui-même
évoqué : seule une paralysie du pays pourrait le contraindre à la démission.
D'accord, les défilés de notaires, d'huissiers ou de pilotes de lignes – qui
émargent tous au-dessus des 10 000 euros par mois – ne ressemblent pas aux
cortèges d'ouvriers en colère ; ils n'en constituent pas moins une première et,
en ce qui concerne Air France, une telle mobilisation n'est pas fréquente.
Qu'attendent les syndicats ouvriers pour rattraper par le col l'occasion qu'ils
ont laissée filer durant le quinquennat précédent ?
En accordant leur confiance à Manuel Valls alors qu'ils pouvaient encore tenter
l'impossible en imposant à François Hollande une autre figure à Matignon
(Martine Aubry ?), les députés socialistes reconnaissent implicitement leur
absence de vision à long terme et leur dépendance aux technocrates libéraux qui
ont pris le pouvoir rue de Solférino. De renoncements en trahisons, le Parti
socialiste ressemble déjà à ces machines électorales qui, un jour, s'appellent
UDR, le lendemain RPR, pour se rebaptiser UMP et ainsi faire oublier les
mauvais souvenirs laissés par leurs prédécesseurs … Demain, nous aurons
sûrement un NPS ou un PSD (peut-être même un PSU, qui s'en souvient ?), la
justification du parti supplantant les idées qu'il n'a pas.
La crise politique ne se résoudra pas sans neutraliser le "microcosme
politique" pour reprendre la métaphore de Raymond Barre. Cela passera par
des consultations populaires qui ne se limiteront pas à l'élection des élus, et
qui sauront rappeler à ces derniers leurs engagements. Naturellement, les
couilles-molles n'auront plus trop leur place dans les partis.